CURSUSPRO vous guide dans le dédale des formations existantes
et vous aide gratuitement à trouver votre nouveau cursus professionnel.

Evoluer, changer de voie, aller de l'avant ? CURSUSPRO, allons-y !

Jean-Claude Blanc

Jean-Claude Blanc atteint les sommets au PSG

Simon Kuper | 21/09/2015

Jean-Claude Blanc, qui est désormais un dirigeant sportif tout ce qu’il y a de plus international, a eu une enfance très provinciale. « J’ai été élevé en Savoie jusqu’à mes 18 ans, je ne voyageais jamais » se souvient le manager général du Paris Saint-Germain. Nous nous trouvons au siège social du PSG à Boulogne, juste au sud-ouest de Paris. Sur une photo à côté de sa télévision, les joueurs du PSG brandissent les quatre trophées gagnés en France la saison dernière. Une peinture de David Beckham, qui a fini sa carrière au PSG, orne un mur. Blanc a réussi.

Après le lycée, il a suivi une formation de management au Ceram à Nice, qui a fusionné avec l’ESC Lille en 2009 pour devenir la Skema Business School. Blanc connaissait certes Nice où il avait de la famille, mais était aussi attiré par le campus à Sophia Antipolis. « C’était un endroit très innovant à l’époque, où on trouvait au même endroit des compagnies, des centres de recherches et des écoles supérieures ou universités. La conjonction des trois m’a attiré. ‘Il doit se passer ici des choses qui ne se passent pas ailleurs.’ »

Comme étudiant, Blanc voulait déjà travailler dans le sport. A l’époque, au milieu des années 1980, c’était un secteur étroit « où je ne connaissais personne », dit-il. « Mais l’idée que le côté business pouvait être développé dans le sport m’a toujours guidé. Il y avait alors des gens comme Mark McCormack du [groupe de gestion des talents] de l’IMG, qui était le roi dans ce business, qui l’avait pratiquement inventé, en devenant d’abord l’agent de grands athlètes puis en commençant à représenter des événements. »

« Au Ceram, il n’y avait absolument rien sur le business du sport. Je choisis donc principalement des cours de droit, de marketing et de commerce international pour me garder un maximum de portes ouvertes pour essayer d’entrer dans un monde qui était alors très étroit. » Le Ceram, dit-il, « m’a permis de poser les bases, a aidé le jeune étudiant que j’étais à comprendre que pour rentrer dans le monde du business, il fallait connaître le droit, la finance, la comptabilité, la gestion de négociations. Vous avez besoin d’une large palette de connaissances. »

L’école, ajoute-t-il, « fut mon premier melting pot. Il n’y avait pas d’étrangers dans ma promotion. Mais pour la première fois, j’ai rencontré des gens des autres régions françaises. ‘Il y avait des Parisiens qui ne pensent pas comme nous, des Bretons…’ Cela m’a aidé à comprendre, comme aussi l’environnement autour de Sophia Antipolis : ‘les compagnies étrangères viennent ici, le monde n’est pas que la France.’ Alors il faut ouvrir plus grand la fenêtre et accepter de partir. »

Jeune diplômé en 1986, Albertville en Savoie obtient l’organisation des Jeux Olympiques d’Hiver 1992. «  C’est ma région » dit Blanc. « Je me suis dit : ‘ C’est évident, c’est fait pour moi, j’y travaillerai.’ La difficulté était que je n’étais pas le seul à me tenir ce discours. Je devais montrer que j’étais plus motivé. »

En 3 à 5 ans [en travaillant sur les jeux] on rencontre les problèmes qu’une compagnie rencontre en vingt ans.

Il rencontre les organisateurs d’Albertville. Ils lui dirent de revenir un an plus tard. « Alors je suis allé à Los Angeles, de ma propre initiative. » En 1984, les jeux de LA, hautement commerciaux, ont été les premiers jeux de l’ère moderne à dégager un profit. Blanc espérait y apprendre beaucoup.

Il arriva à LA sans contacts. « Je n’étais pas mauvais au tennis, alors j’ai joué quelques tournois. Grâce au tennis, j’ai rencontré les gens qui avaient organisé les jeux de Los Angeles. » Quand il rentra à Albertville, il dit aux organisateurs : « Ecoutez, me revoilà, mais je n’ai pas perdu mon temps. Je suis allé à Los Angeles, j’ai vu ce qu’ils ont fait, j’ai écrit un rapport qui peux vous aider. Ils lui dirent ‘quand voulez-vous commencer ?’ Il leur répondit, ‘Demain.’ »

Les jeux furent un premier job de rêve. « Il y a beaucoup de choses à accomplir, alors les gens vous font confiance alors que vous êtes encore très jeune. En 3 à 5 ans [en travaillant sur les jeux] on rencontre les problèmes qu’une compagnie rencontre en vingt ans. »

Puis Blanc fit un MBA à Harvard. Ces camarades de promotion avaient « réalisé de grandes choses : des pilotes de l’US Air Force, des membres d’organisations à but non lucratif en Amérique du Sud, des ingénieurs Chinois, des traders new-yorkais. Alors que vous pensiez être vraiment bon dans votre secteur, vous réalisez ‘Pff, le monde est incroyablement grand avec des grands talents de tout côté.’ » La méthode d’enseignement de Harvard – les études de cas en groupe – lui ont appris à écouter le point de vue des autres.

Quand il obtint son diplôme, ses professeurs lui dirent : « Le succès est difficile à définir. Que voulez-vous vraiment faire, au fond de vous ? ». Il savait : « Peu de diplômés d’un MBA Harvard vont dans le sport. En fait, je n’en ai jamais rencontré. Mais le sport était mon intime conviction. »

En 1994, il rejoint Amaury Sport en France, qui gérait des événements sportifs. En 2001, il bouge pour la fédération française de tennis, la FFT. Puis, en 2006, la Juventus en fait son directeur général. La vieille dame venait juste d’être reléguée en Série B, la deuxième division italienne, suite à un scandale de matchs truqués. « Vous arrivez dans un environnement nécessairement fluctuant, car il faut gérer une montagne de problèmes à la fois, » dit Blanc. « En pratique, les 100 premiers jours sont décisifs pour le futur du club. Si vous prenez une mauvaise décision dans ces 100 premiers jours » il claque ses mains « c’est fini. Il faudra 20 ans pour revenir. Pendant ces 100 jours, nous avons pris beaucoup de bonnes décisions. »

Avant tout, la Juve persuada la plupart de ses stars de rester. Le gardien Gianluigi Buffon, se souvient Blanc, « avait décidé de partir avant même que le club soit relégué. » Mais après la relégation, Blanc rappela le joueur, lui demandant de rester un an pour aider le club à revenir en Série A. Buffon demanda qu’à l’issue de cette année, le manager général le laisse partir s’il avait une offre.

L’ambition n’est pas d’être le dernier des grands clubs, pas de rattraper le Real ou le Barça, mais de devenir le premier grand club de l’ère digitale.

Un an plus tard, après la qualification de la Juve, Buffon revient dire à Blanc ; « J’ai une offre de Milan. » Blanc lui répondit : « Donne-moi une heure et je t’expliquerai pourquoi tu dois rester. »

Blanc se souvient : « Nous avons fait une présentation à Gigi dans le grand hall des trophées. Nous fîmes le même effort que pour convaincre un sponsor de nous rejoindre. Nous avons bâti la présentation autour de lui. Pourquoi il était important dans l’histoire du club. Pourquoi il en serait le prochain capitaine. Pourquoi on allait revenir au sommet de la Série A et tout gagner. Pourquoi il allait jouer une autre finale de la Ligue des Champions. La place du gardien dans l’histoire de la Juve. Et pourquoi il était au centre de notre projet. »

Après cela, Buffon répondit qu’il resterait si la Juve lui proposait le même deal que Milan. Blanc accepta. Aujourd’hui, Buffon est encore à la Juve, et Blanc note : « il y a quelques semaines, il a joué une finale de la Ligue des Champions. ».

Blanc adorait l’Italie. Lui et ses enfants sont devenus des binationaux « Français-Italien ». Il a aidé la Juventus à devenir le premier grand club Italien à construire son propre stade. Mais en 2010, Andrea Agnelli, de la famille des propriétaires de la Juventus, est devenu le président actif du club. « C’était une déception, » admet Blanc. « Mais quand le propriétaire veut gérer, c’est légitime. » Heureusement, en 2011, Qatar Sports Investments a acheté le PSG, voulant faire ce club médiocre un gagnant mondial. Ils engagèrent Blanc.

Biographie

Bibliographie Jean-Claude Blanc

« Ce que nous faisons n’est pas de boire le thé avec Beckham chaque jour, » prévient-il. « Il y a aussi beaucoup de professionnalisme, gérer 350 personnes, générer une marque mondialement connues, accueillir 1,3 millions de personne au stade à Paris. Si demain, quelqu’un se casse la figure dans l’escalier du Parc des Princes (le stade du PSG), c’est moi qui suis responsable. »

Le PSG vise la victoire en Ligue des Champions. La saison dernière, Barcelone les a surclassés en quart de finale – mais, dit Blanc, le Barça avait eu la chance d’éviter blessures et suspensions. Le PSG lui avait perdu des joueurs et manquait de réserve pour les remplacer. De toute façon, ajoute-t-il, le projet du PSG « va au-delà de gagner des trophées. C’est de construire un héritage sportif. L’ambition n’est pas d’être le dernier des grands clubs, pas de rattraper le Real ou le Barça, mais bien – en toute humilité hein – de devenir le premier grand club de l’ère digitale. Nous avons la chance de vivre un temps de média sociaux, où la globalisation de l’information est instantanée. Une déclaration [du buteur du PSG Zlatan] Ibrahimovic traverse le monde en quelques secondes, quel qu’en soit les conséquences. »

Il fait sans doute allusion au commentaire d’Ibrahimovic en Mars qui disait que la France était « un pays de m***e » qui ne méritait pas le PSG. Cependant, le point plus large que veut souligner Blanc est que grâce à ce nouveau média, le PSG peut toucher une base globale de fan bien plus vite que le Real de Madrid, par exemple, le faisait au siècle dernier.

Les revenus du PSG ont atteints les 474,2 millions d’Euros en 2013-2014, le cinquième résultat du football européen, selon les experts financiers Deloitte. Les revenus vont croître encore, en partie car le PSG a redessiné son stade pour consacrer près de 10% de ses 470000 places à une clientèle business. Paris est pleine d’entreprise prête à acheter des places très onéreuses. Beaucoup de fans du PSG grommellent que Blanc a sur-commercialisé le club. Cela n’a pas l’aire de le gêner. « Ce qui est excitant est que l’on sent que c’est un moment clé dans la vie du club. Demain, ou le jour après, quand d’autres personnes occuperont ce bureau, c’est à nous de garantir qu’ils disent, ‘Oui, de 2012 à 2015, ils ont bien su faire fructifier l’instant ! »

© The Financial Times Limited [2012]. All Rights Reserved.
Not to be redistributed, copied or modified in anyway.
Cursuspro is solely responsible for providing this translated content and the Financial Times
Limited does not accept any liability for the accuracy or quality of the translation.

Réagir à l'articleRéagir à l'article

Seul votre prénom et la première lettre de votre nom apparaîtront sur le commentaire

Êtes-vous prêt à vous re-former ?
Attention !
Vous entrez en zone test !