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Tribulation d'une pionnière par Emma Jacobs

« Seule femme dans mon école de commerce » : les tribulations d’une pionnière par Emma Jacobs

Stéphanie Guzman | 08/02/2018

Unique étudiante, non seulement de sa promotion mais aussi de l’école, voici le témoignage d’une ancienne de l’ESCP, devenue depuis professeur au sein de la célèbre institution parisienne

Isolement et discrimination

 Inscrite en école de commerce, Joëlle Le Vourc’h a pensé arrêter dès le premier trimestre. Son problème, ce n’était pas tant les cours, qu’elle appréciait, mais l’isolement et une forme de discrimination non seulement de la part des étudiants mais aussi des enseignants. Cette histoire se déroule en 1970 et Joëlle Le Vourc’h n’est autre que la première femme à rejoindre l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris en tant qu’étudiante. « Quelques étudiants se sont plaints de ma présence. Ils prétendaient que je prenais la place d’un homme. Ils m’ont aussi dit qu’ils étaient inquiets pour la réputation du programme. C’était une minorité mais cela a été difficile pour moi, car je n’étais pas du tout préparée à cela ».

Joëlle Le Vourc’h avait sélectionné la plus ancienne école de commerce du monde ; l’ESCP est en effet née en 1819. Son choix s’était porté sur cette école de commerce car l’institution faisait figure de pionnière comparée aux autres écoles françaises et l’étudiante n’avait pas les moyens de s’offrir un MBA aux Etats-Unis.

De l’autre côté de l’Atlantique, à Harvard, les femmes étaient acceptées depuis 1962.

Diplômée de la Faculté de Pharmacie de Paris, on avait conseillé à la jeune femme de muscler son C.V., si elle visait autre chose qu’un poste de secrétaire au sein d’une entreprise. Elle avait donc opté pour l’ESCP et avait, après trois ans d’études, obtenu en 1973, ce qu’on appellerait aujourd’hui un Master en Management.

Quarante ans plus tard, après une carrière dans le conseil et l’audit et des passages à la Banque Mondiale, Joëlle Le Vourc’h est aujourd’hui professeur émérite à l’ESCP Europe, spécialisée en comptabilité internationale.

 

Les femmes encore en minorité au sein des MBAs

Depuis le début des années 70, le nombre d’étudiantes en écoles de commerce a progressé fortement mais elles sont toujours en minorité. Selon le Financial Times, les femmes représentaient en 2017, 35 % des inscrits au sein des 100 premiers programmes de MBA. Elles sont plus nombreuses dans les masters spécialisés en marketing, comptabilité ou management. En 2016, d’après le quotidien, 50% des élèves du Master en Management de l’ESCP étaient des femmes.

 

Une étude de cas publié récemment par Harvard Business School a montré que l’expérience de Joëlle Le Vourc’h n’avait rien d’inhabituel dans les années soixante-dix. Une élève se souvient qu’en 1971, les professeurs ne sollicitaient jamais l’opinion des étudiantes sauf sur le sujet des produits spécifiquement féminins.

Pour le professeur Le Vourc’h, être seule étudiante à l’ESCP avait ses avantages mais aussi ses inconvénients. Par exemple, les enseignants étaient incapables de savoir qui, parmi ses 249 camarades, était absent lors des cours. En revanche, si elle n’était pas dans la salle, « cela se voyait tout de suite. Le professeur d’économie m’avait identifié. Il s’amusait à me poser les pires questions afin que je me ridiculise et qu’il puisse faire ainsi la démonstration que les femmes n’étaient pas à leur place. Bref, qu’il était mieux de rester entre hommes ». Même les cas pratiques enseignés à l’école de commerce faisaient totalement abstraction des femmes, reflétant en cela, un monde des affaires dans lequel, les décisions étaient majoritairement prises par la gente masculine.

 

Une singularité qui a été déterminante pour la suite

L’ESCP « avait de l’avance pour son époque mais ce n’était pas vraiment organisé», se souvient-elle. Il n’ y avait pas de toilettes ni d’activités sportives pour les étudiantes. Devoir partager les commodités avec le personnel administratif féminin lui a permis de briser la glace et de se créer des relations amicales. « Cela m’a aussi servi à appréhender le fonctionnement de l’organisation ». Au début, Joëlle Le Vourc’h a été le sujet de commérages. Si on la voyait prendre un café avec un étudiant, celui-ci devenait immédiatement son petit ami. Elle a donc du apprendre à s’adapter, veillant à être toujours dans un groupe d’au moins deux ou trois camarades. En tant que seule femme, elle était régulièrement scrutée : « la manière dont je m’habillais, ma coupe de cheveux mais aussi mes réactions ». Cette attention disparut cependant au fil du temps, ses camarades s’habituant peu à peu à sa présence. Joëlle Le Vourc’h a bénéficié de l’aide de quelques enseignants, de certains camarades de promotion mais aussi de l’association des anciens élèves, «probablement parce qu’ils travaillaient déjà et étaient en contact avec quelques femmes cadres dans leur environnement professionnel».

 

Lors d’un entretien chez Arthur Andersen, à l’époque l’une des cinq principales entreprises de conseil, les recruteurs lui dirent : « Une femme dans l’audit ? Un client n’acceptera jamais que ce soit une femme qui lui pose des questions ». On lui signifia également qu’il était fort probable qu’elle n’obtienne pas de progression de salaire ou de promotion. Quand elle candidata chez Coopers & Lybrand (qui devint plus tard PwC après sa fusion avec Price Waterhouse), son sexe ne fût pas mentionné. Elle choisit de rejoindre la firme.

 

Au final, avoir été la seule femme en école de commerce a été déterminant pour la suite de sa carrière. «J’ai pris l’habitude de faire partie d’une minorité. Les autres auditrices qui avaient suivi un parcours universitaire, n’étaient pas habituées à avoir affaire à des collègues exclusivement masculins ».

Quand le Pr Le Vouc’h était plus jeune, elle ne s’intéressait pas à la cause féministe. « Je pensais que les féministes allaient trop loin, qu’en faisant correctement mon travail, j’allais convaincre mes supérieurs. Mais peut-être que j’ai tort. Je suis surprise de voir qu’il y a toujours des problèmes aujourd’hui. Les choses ont évolué mais pas assez ».

 

Les conseils de Jöelle Le Vourc’h :

-          Profitez de tout ce qui est offert par l’école comme les options en développement personnel : conférences, voyages et échanges culturels avec les autres élèves

-          Ne soyez pas timide lors des discussions et préparer bien vos arguments

-          N’hésitez pas à rejoindre des groupes de travail comprenant des personnalités difficiles (misogynes en particulier)

-          Soyez aussi créative et innovante que vous le pouvez. Testez et partagez de nouvelles idées même sur des sujets comme la finance.

-          Soyez professionnelle et organisée

 

 

 

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