Immobilier et numérique : les grosses dépenses d'Harvard

Immobilier et numérique : les grosses dépenses d'Harvard

Adam Jones | 22/11/2016

L'école la plus connue des Etats-Unis est elle aussi à l'heure des choix. L'ère du numérique et du e-learning lui impose de se renouveler sans oublier ses fondamentaux.

En tant que doyen d’Harvard Business School (HBS), une partie du job de Nitin Nohria est de participer à la mythification de son vaste campus. L’inauguration, le mois dernier, d’un nouveau bâtiment était une occasion à ne pas manquer.

«  Une manière de comprendre l’évolution du monde des affaires, c’est de marcher à travers le campus d’HBS et de lire les noms des différents bâtiments » a déclaré le Professeur Nohria dans une vidéo tournée à l’occasion de l’événement et faisant allusion aux installations baptisées en l’honneur de banquiers tels que John Pierpont Morgan, George Fisher Baker (Citigroup) ou encore Andrew Mellon, l’ancien secrétaire du Trésor américain.

Des bâtiments aux noms chinois

Le nouveau bâtiment, qui abritera des cours destinés à des professionnels de haut niveau, porte le nom de Ruth Mulan Chu Chao Center. Matérialisant cette fois ci, le récent développement de la Chine, le nouvel espace a été construit grâce aux 40 millions de dollars offerts par un businessman sino-américain James Si-Cheng Chao. Le bâtiment porte le nom de sa défunte épouse. C’est le premier bâtiment à HBS dont le nom n’est pas strictement américain et c’est aussi le premier immeuble à porter le nom d’une femme – ce qui est plutôt bien venu sachant que quatre des six filles de Mr Chao ont fréquenté HBS.

Fait révélateur, la structure temporaire qui a abrité le réfectoire sur ce nouveau campus était si luxueuse et solide qu’elle aurait pu tout à fait faire office de bâtiment permanent sur des campus moins bien dotés financièrement.

Le Chao Center est tout simplement l’une des manifestations les plus visibles des dépenses colossales entreprises à HBS. Certaines sont liées à des donations, d’autres sont financées par les propres ressources de l’école mais toutes reflètent la manière dont HBS tente de s’adapter à une économique globale en mutation.

On trouve la trace de ces dépenses dans les comptes particulièrement détaillés que l’école publie chaque année. Le rapport de 2015 montrait que ces cinq dernières années, les coûts avaient augmenté plus vite que le chiffre d’affaires, réduisant la marge opérationnelle de 9,6 à 6,6% (…)

le MBA, le coeur et l'âme de l'école 

Ce sont des investissements dédiés au programme de Master of Business Administration (MBA) -né il a plus d’un siècle-, qui contribuent principalement à cette augmentation des dépenses. Alors que d’autres écoles de commerce ont diversifié leurs revenus en créant des programmes de MBA sur un an, ou des Masters en Management destinés à de jeunes diplômés, HBS est resté attaché à son programme phare en deux ans construit pour des participants ayant quelques années d’expérience professionnelle.

« Le cœur et l’âme de l’école », c’est ainsi que le Professeur Nohria décrit le MBA dans une interview au Financial Times. « Ces cinq dernières années, nous avons mis les bouchées doubles concernant le MBA » dit-il.

« Beaucoup des investissements réalisés, l’ont été pour renforcer et rendre encore plus incontestable la suprématie du MBA en deux ans. »

Des études de cas au coût et à l'intérêt hasardeux pour certains

L’un de ces investissements a été une innovation en terme de contenu intitulée « Field Immersion Experiences for Leadership Development » ou FIELD pour utiliser l’inévitable acronyme. Ce programme a été conçu pour compléter les études de cas proposées en classe, dont le contenu est parfois abstrait.

Un projet type nécessite par exemple de se rendre en Chine afin d’étudier le marché des ordinateurs personnels pour le compte d’Intel.

Tout le monde n’est cependant pas convaincu qu’une telle démarche puisse s’apparenter à une véritable expérience. Henry Mintzberg, professeur de Management à Mc Gill University a toujours été critique des MBA et particulièrement de la méthode des études de cas, qu’il juge trop théorique. Pour lui, FIELD, l’innovation d’HBS, ce sont de « jeunes ignorants déblatérant à propos de sujets qu’ils ne comprennent pas ».

Des débouchées post-MBA toujours prestigieuses 

Le fait de se concentrer de manière un peu obstinée, sur un programme de deux ans présente des risques dans un monde où il est déjà compliqué en terme de temps pour certains cadres d’intégrer un programme court. Mais le MBA d’Harvard qui chaque année accueille 900 étudiants payant chacun 64 000 $ de frais d’inscription annuelle, séduit toujours celles et ceux qui cherchent à diriger les plus grosses entreprises mondiales. Et cela fonctionne plutôt bien ! Rien qu’au printemps dernier, Honeywell, le conglomérat industriel américain et le suisse Nestlé, ont chacun choisi d’être dirigés par un diplômé d’Harvard.

L'entreprenariat, le point faible d'Harvard

Mais malgré ses immenses ressources, la vénérable institution n‘a pas encore été en mesure de se créer une réputation au niveau de l’entreprenariat, alors qu’elle brille traditionnellement dès lors qu’on parle de multinationales déjà bien établies.

Le classement 2016 des meilleurs programmes de MBA dans le secteur de l’entreprenariat ( voir notre article) plaçait HBS en 13ème position alors que Stanford, forte de ses liens étroits avec la Silicon Valley, arrivait en pole position.

Dans le classement général des MBA réalisé par le Financial Times en 2016, HBS occupe tout de même la 2ème place du classement après avoir figuré en tête en 2014 et 2015.

Mais Harvard a tout de même une bonne carte à jouer au niveau de l’entreprenariat. Au printemps dernier, l’université a obtenu l’autorisation de construire un nouveau bâtiment situé précisément à côté de l’école de commerce. Cet immeuble accueillera l’école d’ingénierie et de sciences appliquées – un signe clair qui démontre l’envie de l’école de développer plus de partenariats entre les apprentis ingénieurs et les étudiants en MBA.

L'école à l'heure du e-learning

Parmi toutes ces dépenses liées à des constructions et plans d’architectes, figure un projet totalement différent qui pourrait s’avérer plus significatif qu’un énième bâtiment.

L’école a en effet consacré un budget extrêmement conséquent- la somme totale est confidentielle- au développement d’une plateforme d’e-learning appelée HBX qui cible un nouveau public à priori très éloigné de celui visé par ses offres traditionnelles en MBA et EMBA.

Lancé il y a un peu plus d’un an, le concept est très différent des MOOCs (Massive Open Online Courses) qui sont souvent gratuits, produits en grandes quantités par de nouveaux venus dans le secteur éducatif et qui connaissent , on le voit bien, des succès variables.

Tout d’abord, il y a un coût : il faudra dépenser la somme rondelette de 1800 $ pour un programme de 12 semaines sur les fondamentaux du « business thinking ». Si la dimension « social learning » est présente, avec des étudiants appelés à se corriger les uns les autres, la plateforme comporte également une version digitale de l’effrayant « cold call » - l’une des institutions du MBA d’HBS- consistant pour un professeur à désigner au hasard un étudiant pour démarrer un débat en classe.

« HBX est un énorme pari que nous faisons et qui va constituer à terme un axe important de notre enseignement » indique le Professeur Nohria. Mais Harvard Business School s’attend à ce que le projet ne soit pas profitable de suite, ceci alors même que le contenu de la plateforme porte en partie sur ce sujet … à savoir comment créer rapidement du profit.

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