L'essor des Executive MBA

International : L’essor croissant du MBA flexible à temps partiel

Neil Munshi | 06/01/2015

La formation à temps plein perd de son attrait car les participants sont de moins en moins enclin à quitter le monde du travail, écrit Neil Munshi.

Stephen Skripak aime raconter aux candidats à l’admission à Virginia Tech comment il obtint son MBA à Purdue University à la fin des années 1980 alors qu’il travaillait comme jeune cadre chez General Electric. Il fut promu deux fois pendant les trois ans qu’il lui fallu pour compléter sa formation à temps partiel.

« J’ai décidé de suivre cette voie car j’étais déjà marié, nous avions déjà notre maison et les revenus de ma femme n’auraient pas été suffisants pour maintenir notre train de vie » dit le professeur Skripak, doyen assistant des masters et doctorats à la Pamplin School of Business de Virginia Tech. « Cela correspondait alors parfaitement à ma situation – et la situation des gens aujourd’hui n’a guère changée : une seule source de revenu ne permet pas toujours de garder le même train de vie, de faire face aux emprunts pour la maison et la voiture. »

Le professeur Skripak supervise la transition de Pamplin d’une formation MBA à plein temps vers une offre exclusivement constituée de MBAs à temps partiel. Virginia Tech s’est décidé l’année dernière pour le tout temps partiel – programmes executive, soirée et week-end – après avoir constaté sur les trois ou quatre dernières années une baisse des candidatures à son MBA à temps plein et la croissance des candidatures pour du temps partiel.

« Ce n’était qu’une simple question de chiffres… nous suivons le marché en quelque sorte » dit le professeur Skripak. « Les gens ne veulent pas lâcher leur job dans un contexte économique douteux et une bonne façon d’avoir son MBA sans retourner à l’école [à temps plein] est de suivre un programme executive ou à temps partiel. »

Virginia Tech n’est pas seul. À la suite de sa fusion avec l’Université d’État d’Arizona, Thunderbird n’enseignera plus de MBA à plein temps et Wake Forest a annoncé récemment un mouvement  vers des programmes MBA tous en temps partiel.

Comme l’Université Miami dans l’Ohio, ces établissements s’éloignent du MBA traditionnel en deux ans que la plupart des business schools américaines proposent.

Les analystes et les directions des écoles disent que la crise financière globale a accentué cette tendance de fond : de plus en plus de candidats au MBA ne veulent pas faire les sacrifices que demande une formation à temps plein sur deux ans – suspendre leur carrière, abandonner salaires et promotions et s’engager lourdement pour financer leurs études.

Au contraire, comme avec l’augmentation des programmes Masters of Management en un an, les organismes de formation et leurs participants optent pour des cursus qui n’imposent pas de briser l’élan d’une carrière, de se ruiner par la perte de revenus potentiels et de faire un pari risqué sur l’état du marché de l’emploi deux ans plus tard.

Ce mouvement répond à une demande pour plus de diversité dans l’offre de MBAs, dit Dan LeClair, CEO de l’ AACSB. « Un axe clé de cette diversité est la flexibilité et la modularité » dit-il, mettant en avant une tendance qui a émergé depuis 3 à 5 ans. « L’élément moteur est que de plus en plus de participants veulent des solutions plus commodes et la possibilité de reprendre leur formation sans avoir à quitter leur emploi. »

À sa nomination comme doyen de la Business School de l’Université Wake Forest plus tôt cette année, Charles Iacovou dit qu’il « a étudié en profondeur notre situation courante et notre environnement. » En octobre, l’école a annoncé qu’elle n’offrirait plus son programme traditionnel de MBA à temps plein sur deux ans et qu’elle se focaliserait à la place sur ses offres de MBA à temps partiel, week-end et soirée pour les professionnels en poste.

« Nous avons conclu que la meilleure chose à faire pour notre école était simplement de concentrer nos efforts sur des modalités de délivrance des MBAs compatibles avec la carrière des individus » dit-il. « Le marché nous remonte que quitter son emploi pour suivre une formation est de plus en plus difficile. »

Le professeur Iacovou dit que bien que la crise financière ait amené une accélération de la tendance qui pousse plus de futurs participants à garder leur emploi, « notre compréhension est qu’il s’agit de tendances à long terme et non simplement cycliques. »

Cela est du en partie aux évolutions des pratiques d’acquisition et de rétention des talents, ajoute le professeur Iacovou.

« Par le passé, j’estime que la plupart des entreprises pensaient que la meilleure chose était d’embaucher de jeunes talents et que quand ils atteignaient 27 ou 28 ans … il était normal que ces talents s’en aillent obtenir un MBA et l’entreprise pensait pouvoir récupérer ces talents ou en embaucher de meilleurs » dit-il. « Les entreprises réalisent maintenant que garder leurs talents internes est une bien meilleure stratégie. »

Andrew Robertson, dirigeant du publicitaire global BDDO est d’accord. Les futurs participants peuvent ne pas vouloir lâcher deux ans de revenus ou renoncer à des promotions, dit-il. « Mais aussi, de plus en plus d’employeurs préféreraient qu’ils ne quittent pas [leur emploi] s’ils pouvaient l’éviter.

Le rythme de l’innovation, mené par les changements rapides de technologie, est à la source de ces souhaits. « À la vitesse où les choses évoluent ces derniers temps, il est indiscutable qu’il y ait un coût attaché [à une pause de deux ans] qui ne se limite pas au temps et à l’argent », dit Monsieur Robertson.

Il y a un autre avantage, dit-il. « Le fait qu’ils [les participants] aient pu investir le temps et les efforts pour obtenir un MBA tout en continuant à assurer un emploi à temps plein est pour moi la preuve d’un niveau d’engagement pour vraiment avoir un retour que je trouve réellement attirant. »

Joe Huddle, un recruteur chez DHR International, une compagnie globale de chasseurs de tête, dit que les programmes à temps partiel permettent à l’employeur de garder un lien stable avec l’employé qui dans un programme MBA typique passe beaucoup de temps à travailler son réseau.

« Les souvenirs s’estompent, la loyauté n’est pas constante, et ils peuvent aisément être séduits par une compagnie venant sur le campus pour les recruter », dit-il. « Il est plus facile de succomber à cette tentation quand on est dans une formation à temps plein que quand on est employé et pleinement engagé avec sa compagnie tout en étudiant un MBA [à temps partiel]. »

Un marché en évolution, un enthousiasme croissant pour les masters en management

Avec sa décision récente de n’offrir que des programmes en temps partiel, la business school de l’université de Wake Forest vient renforcer cette autre tendance novatrice.

L’université de Caroline du Nord a été l’une des premières écoles américaines à offrir un master en management en 2006 – des programmes en un an qui sont populaires depuis longtemps en Europe. Leur popularité a progressé aux États-Unis pour les mêmes raisons que les programmes MBA à temps partiel, comme les participants reconsidèrent l’intérêt d’une sortie du monde de l’emploi pendant deux ans pour étudier dans le cadre d’un MBA traditionnel.

Les programmes MiM (Master in Management) n’admettent typiquement que des diplômés récents avec peu ou pas d’expérience et répondent aux souhaits des participants et des employeurs pour de la diversité et de la flexibilité dans les formations de management.

Les observateurs s’accordent pour considérer les programmes MBA en deux ans des meilleures écoles comme à l’abri du mouvement de fond vers les programmes à temps partiel. Mais la prolifération des programmes MiM semble affecter notablement les effectifs des MBA en deux ans d’institutions moins cotées.

La raison est simple, il y a peu de chance que les individus s’éloignent deux ans du monde du travail juste quelques années après avoir obtenu un MiM.

Cependant, d’après Michael Desiderio, président de l’EMBA Council, les MiMs peuvent aider à la croissance des EMBAs – un MBA pour des dirigeants en exercice – et des MBAs à temps partiel. La raison en est, dit-il, que les diplômés MiM vont se retrouver après une dizaine d’année d’expérience prêt à affiner leurs talents ou à en acquérir de nouveaux.

« Si vous travaillez pour une banque d’affaire, vous en prenez pour 10 ans et vous n’allez pas revenir faire un MBA à plein temps. Mais quand vous réalisez que vous avez besoin de progresser en management … vous allez regarder les MBAs à temps partiel, les MBAs en soirée ou les EMBAs. »

« Je ne suis pas paniqué par ces programmes master comme certains programmes MBA à temps plein. Je pense qu’ils vont aider la croissance de EMBAs et probablement aussi celle des MBAs à temps partiel », dit Monsieur Desiderio.

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