Formation: L’augmentation du prix des manuels de cours atteint un point critique

Formation: L’augmentation du prix des manuels de cours atteint un point critique

Jonathan Moules | 29/06/2016

Le coût élevé de certains ouvrages en version papier les rendent inaccessibles pour certains étudiants et créé une demande pour des alternatives digitales.

Jochen Wirtz se décrit comme un auteur de Best seller. Il a en effet co-écrit un manuel sur le marketing des services sur lequel il s’appuie lorsqu’il enseigne à la Singapore Business School mais qu’il a aussi vendu à plus de 700 000 exemplaires.

Il a été très gêné de découvrir le prix – 263 $- auquel était vendu la dernière édition, parue en 2010 et a décidé de trouver un moyen plus économique de diffuser son livre.

Le mois dernier, il ainsi publié grâce à un nouvel éditeur une version grand format pour 118 dollars et une version poche pour 50,86 $. «Quand un étudiant doit payer plus de 200 $ pour un livre, cela n’a pas de sens en terme d’apprentissage» indique t-il.

Le Professeur Wirtz  précise qu’il gagne très peu sur chacun des livres vendus. La majeure partie de ces revenus provient de l’enseignement et la baisse de prix n’a que très peu d’impact pour lui. « En tant qu’auteur, je préfère que le livre soit lu »

Les prix des manuels, en très forte augmentation, ont atteint un seuil critique selon lui.  Ils ont enflé de 800% entre 1978 et 2014 selon le bureau américain des statistiques soit plus que l’inflation ou que l’augmentation des frais d’inscription dans les écoles de commerce. Enseignants et écoles sont donc à la recherche d’alternatives pour que les étudiants puissent continuer à se procurer les contenus de ces manuels.

Au sein de l’université canadienne Mc Gill Desautels, les responsables du MBA ont décidé de remplacer  « lorsque c’était possible » les manuels en version papier par des versions électroniques qui ne contiennent que les chapitres nécessaires aux étudiants. C’est dans ce cadre que tous les étudiants du MBA de Mc Gill Desautels ont reçu un iPAD en début d’année.

A Rotterdam, les étudiants en Master de la School of Management se sont vus proposer des études de cas et des articles en version numérique à la place des livres, le tout étant accessible via la bibliothèque de l’école qui se charge de reverser les droits d’auteur.

En 2009, HEC Paris est devenue une des premières institutions d’excellence à offrir le matériel de lecture, les vidéos et les autres contenus digitaux via iTunes U Network, la plateforme d’Apple. Cette même année, l’école a également fournit 500 iPads aux étudiants pour les encourager à expérimenter cette nouvelle manière d’accéder aux contenus.

Depuis l’école a choisi de remettre les supports de cours et autres documents sur son propre outil-maison qui peut être utilisé sur tout type de tablette et de smartphone.

Le passage au digital a encouragé les étudiants à aller plus loin dans leurs recherches d’information selon Karine Le Joly, la directrice de l’innovation pour HEC Executive Education. « Cela change le comportement des apprenants car ils ont maintenant accès à une plus grande richesse d’information ». Il nous appartient maintenant en tant qu’éducateurs d’incorporer cette richesse dans l’enseignement que nous fournissons »

Bien que Mme Joly considère que la technologie a amélioré l’enseignement à HEC, elle admet que la demande pour les manuels ne s’est pas tarie sous prétexte que l’information était accessible en ligne. « Les étudiants préfèrent encore les versions papier » indique t-elle.

Lilian Cheng, consultante en marketing et maître de conférence à la NUS Business School prépare un cas pratique sur le prix des manuels. Elle fait le lien entre le marché de l’édition de manuels universitaire et celui des médicaments. Le point commun ? La personne qui prescrit le produit n’est pas celle qui en supporte le coût et l’usager a donc le choix entre acquérir le produit au prix voulu par le fabriquant ou se passer des bénéfices que le produit peut lui apporter (…)

Kent Monroe, un expert en politique tarifaire et professeur émérite à l’Université de l’Illinois soutient que les prix des livres universitaires se sont hissés à des niveaux inacceptables si bien que les élèves trouvent des moyens alternatifs pour se procurer les documents (…)

Ce phénomène existe depuis des années indique le professeur Monroe. « Des libraires nous disent qu’ils savent quand un examen va avoir lieu car ils observent les étudiants lire les livres puis les replacer dans les rayons ».

Dans l’un des cours de MBA du Professeur Monroe, l’ouvrage de référence est meilleur marché dans sa version internationale que dans la version américaine. De nombreux étudiants se sont empressés de commander cette version sur les sites de libraires en ligne établis à l’étranger et de se la faire livrer aux Etats Unis (…)

Laurence Lehmann-Ortega, professeur affiliée à HEC Paris, en connaît un rayon sur les nouveaux business models puisque sa thèse de doctorat portait sur les marchés disruptifs. Elle reconnaît cependant que le marché des manuels universitaires continue de fonctionner à rebours des théories qu’elle défend, en raison notamment des spécificités du secteur comme le contrôle de la distribution par l’éditeur.

Un an à peine après avoir co-rédiger un livre sur Odyssey 3.14, son sujet de recherche, Laurence Lehmann-Ortega a développé avec ses co-auteurs une version digitale, moins chère et accessible sur différentes tablettes et liseuses.

Contrairement à la version d’origine uniquement disponible en français, la version digitale est sortie en anglais. Pour les auteurs, cela représentait un avantage car les droits de la version anglaise leur appartiennent. Dans les faits, 3000 exemplaires de la version papier se sont vendus contre 1000 pour la version anglaise.

« Je peux comprendre que les amateurs de littérature préfèrent un livre imprimé, indique Laurence Lehmann-Ortega mais pour un livre d’économie ou de marketing, qu’est ce que cela peut faire ? ».

Les étudiants ont pourtant choisi de privilégier le papier… en tout cas pour le moment.

 

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