Formation en finance islamique : une demande en hausse

Formation en finance islamique : une demande en hausse

Jonathan Moules | 21/11/2016

L’importance économique croissante des banques de pays musulmans a fait de la finance islamique une compétence très utile. L’Executive Master of Business Administration de la London Business School l'a bien compris en développant un campus à Dubaï dès 2006. 

Jeroen Tap, responsable des contrats dans le secteur de l’énergie pour la région Benelux au sein de Dow Chemicals, reconnaît qu’il fait partie des étudiants « les moins susceptibles » de s’inscrire au cours de finance islamique proposé par l’Executive Master of Business Administration de la London Business School, une formation qu’il autofinance. Mais le cadre supérieur de nationalité hollandaise souligne que cette option se déroulant sur le campus de Dubaï de LBS lui a, plus que d’autres sujets, apporté une véritable aide dans son travail au quotidien. Il faut dire qu’il a récemment commencé à travailler sur un projet de joint venture de Dow Chemical avec Saudi Aramco en Arabie Saoudite.

« La discipline finance islamique est clairement sous estimée », selon Mr Tap qui précise que savoir comment mettre en place des accords satisfaisants aux lois de la Charia a été indispensable lorsqu’il s’est agit de travailler avec les représentants de Saudi Aramco.

Un cursus en plein boom

L’importance économique croissante des banques de pays musulmans a fait de la finance islamique, une compétence très utile. La globalisation de l’enseignement du management et de la finance poussent de nombreuses écoles à ouvrir des campus dans des pays où la finance islamique pèse fortement dans le secteur bancaire local.

Le nombre de cours sur le sujet, proposés par les écoles de commerce, est en plein boom et cela répond parallèlement à une demande croissante des étudiants.

22 nationalités différentes parmi les candidats

L’ouverture par LBS d’un campus à Dubaï en 2006 a servi de catalyseur à l’introduction d’un cours de finance islamique. Comme de nombreuses autres écoles de commerce, LBS s’est développé sur d’autres continents afin de capitaliser sur sa marque. Mais l’institution souhaitait également proposer des enseignements en lien avec les spécificités locales, selon Narayan Naik, professeur de finance.

Les candidatures sont venues en nombre et de tous horizons. Au final, sur les 36 étudiants en provenance de 22 pays -parmi lesquels figurent le Pérou, la Hongrie, l’Irlande, la Chine et la Bulgarie- seul un cinquième s’est par exemple déclaré être de confession musulmane.

LBS prévoit de mettre en place également un cours sur son campus londonien en formation continue, ajoute le professeur Naik, notant que les candidatures sont en hausse pour la promotion de cette année à Dubaï.

Une sécurisation professionnelle

L’un des moteurs de cette demande croissante est l’inquiétude de certains étudiants concernant la suite de leur parcours professionnel. Au sein des principales banques, les départements spécialisés –et la finance islamique est considérée comme une spécialisation- sont considérés comme stables dans un secteur qui connaît un peu partout des réductions de coûts et d’effectifs, ajoute le professeur Naik. Citons l’exemple de la Deutsche Bank qui est en train de mettre en place un vaste plan visant à se séparer de 9000 collaborateurs au niveau mondial.

«Suite à la crise financière, les postes traditionnels dans le secteur bancaire, comme la régulation, sont en déclin et la finance islamique est devenue proportionnellement un marché plus important ».

« La plupart de nos étudiants se trouvent au milieu de leur carrière, et suivre ce cours est une manière d’effectuer un vrai virage ou d’accéder à un niveau supérieur de responsabilités »

Un secteur de niche qui progresse

Même sur les grands marchés de la zone, la finance islamique reste une activité mineure.

Au sein des pays du Golfe Persique - Arabie Saoudite, Koweït, Bahreïn, Sultanat d’Oman, Qatar et Emirats-, les « banques participatives », comme on surnomme les banques offrant de la finance islamique, ne possèdent qu‘un tiers des avoirs bancaires. Mais c’est à présent un sous-secteur à part entière.

Les banques participatives gèrent 920 milliards de dollars d’avoirs, un montant en progression de 16 % depuis 2010, selon un rapport publié cette année par la société spécialisée EY.

Les Anglais, leaders dans la formation de la finance islamique

George Osborne, quand il était ministre des Finances, a oeuvré pour faire de Londres le centre mondial de la finance islamique après que les Anglais ont lancé en 2014 la première obligation islamique connue sous le nom de SUKUK.

Au niveau éducation, les institutions britanniques sont les leaders mondiaux dans l’enseignement de la finance islamique. Des cours existent depuis plusieurs années au sein des universités de Durham, Astor, Bangor, Salford et à la Cass Business School. En tout, plus de soixante établissements d’enseignement supérieur proposent des cours en finance islamique au Royaume Uni contre 10 en 2006 selon l’université de East London, l’une des premières à avoir enseigné la discipline.

Seules des écoles situées dans le golfe Persique, en Malaisie, au Pakistan ou en Indonésie peuvent rivaliser avec les britanniques.

La London Metropolitan University est la dernière institution à avoir introduit la matière, à l’occasion de la refonte de son MBA. La finance islamique est ainsi devenue l’une des quatre spécialisations proposées dans le programme.

L’université avait initialement commencé à proposer des cours pour la Commercial Bank of Qatar à Doha avec une comparaison de la finance bancaire islamique et de la finance bancaire conventionnelle. Le MBA est destiné à satisfaire la demande des étudiants, selon Hazel Messenger, responsable du programme.

En dehors du Royaume Uni, d’autres écoles situées dans des capitales financières y voient également une opportunité.*

Frankfurt School of Finance and Management a développé un certificat online sur la micro finance islamique, lancé en septembre dernier en partenariat avec l’ONG Islamic Relief Worldwide et l’Islamic Relief Academy, un institut d’enseignement basé au Royaume-Uni.

Parmi les 31 premiers étudiants de ce cours se retrouvent des personnes intéressées par une micro finance respectueuse des principes de la charia mais aussi des directeurs d’ONG désireux de savoir comment ce type de prêt peut fonctionner dans un pays à majorité musulmane. A 650 € le cours, c’est, pour celles et ceux concernés par le sujet, un moyen plus économique et moins contraignant de découvrir les principes de la finance islamique, que de passer par la case MBA (…)

Un contenu d'enseignement sujet à polémique

Demeure bien entendu la question de savoir si les universités et écoles de commerce sont bien le lieu adéquat pour enseigner ce type de sujet. Des voix s’élèvent en effet pour souligner qu’enseigner la finance islamique revient à donner des moyens de façonner les services financiers occidentaux en les adaptant à des croyances religieuses qui excluent la dette, l’accumulation d’intérêts ou la spéculation.

Timur Kuran, un économiste turco-américain et professeur en études islamiques à Duke University dans l’Etat de Caroline du Nord considère qu’il existe un problème de transparence dans l’enseignement de la finance islamique en tant que discipline.

« Proposer un diplôme en finance, c’est une chose mais c’est une toute autre chose que d’enseigner aux gens à manipuler les données pour faire que des transactions deviennent acceptables pour des entités qui veulent éviter la notion d’intérêt ».

« Peut-être que cela devrait être plutôt enseigné au sein d’un département de sociologie ».

Barbara Drexter, doyen associé à la Business School de Frankfort et en charge de la formation professionnelle, prétend au contraire que les écoles de commerce sont bien le lieu dans lequel doit s’enseigner ce type de matière pratique.

Elle compare l’enseignement de la loi de la Charia au sein du cours de finance islamique à l’étude des réglementations bancaires qu’impliquent les accords de Bâle 3, dans les autres cours.

« Le premier chapitre du cours explique ce qui est correct et incorrect selon les principes de la charia ». Ce n’est pas un cours pour les universitaires mais plus pour les professionnels, ajoutant que jusqu’à présent, aucun étudiant en sociologie n’a souhaité s’inscrire.

* note de CursusPro: En France, plusieurs écoles et universités enseignent la finance islamique. C’est le cas de l’Université Paris Dauphine qui offre un Executive Master et de l’Université de Strasbourg qui propose un EMBA. La matière reste cependant relativement peu enseignée si on compare avec nos voisins d’outre-Manche.

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