Quel avenir pour le bilan de compétences ?

Quel avenir pour le bilan de compétences ?

Raphaëlle PIENNE | 23/05/2016

Avec l’arrivée du conseil en évolution professionnelle (CEP), le bilan de compétences a-t-il encore une utilité ? Oui, ont répondu les acteurs en charge de la politique de formation, qui préconisent néanmoins de le faire évoluer vers un accompagnement plus souple et personnalisé.

Le bilan de compétences oublié par la réforme de la formation ?

Le bilan de compétences fête cette année ses 30 ans. Créé dans le cadre d’une expérimentation en 1986 avant d’être généralisé en 1991, ce droit a su s’installer durablement dans le paysage de la formation. Signe de sa popularité : environ 50 000 bilans de compétences seraient réalisés chaque année en France.

Malgré ce succès, il semble le grand oublié de la réforme de la formation professionnelle initiée par la loi du 5 mars 2014. La mise en place des deux mesures phares de la réforme, le conseil en évolution professionnelle (CEP) et le compte personnel de formation (CPF), a  ainsi suscité de vives inquiétudes parmi les prestataires de bilans de compétences.

Reprenant leurs craintes, les professionnels du secteur ont lancé en janvier 2015 la pétition « Non à la mort du bilan de compétences » qui a recueilli plus de 2 500 signatures. Celle-ci pose la question de la place du bilan par rapport au CEP. Les deux dispositifs se sont en effet vu assigner des objectifs identiques : aider à définir un projet professionnel et, le cas échéant, un projet de formation. Dès lors n’y a-t-il pas le risque de voir le CEP « cannibaliser » les publics et les financements du bilan ?

Autre menace : le bilan de compétences, autrefois éligible au  DIF, n’a pas été retenu parmi les actions de formation pouvant être financées par le CPF. Cette décision, prise alors que le DIF formait près d’un tiers des financements de bilans, pourrait mettre en péril la viabilité économique d’un certain nombre de petits prestataires.

Face au CEP, le bilan de compétences est jugé « irremplaçable »

Interpellé sur ces enjeux, le Copanef (comité interprofessionnel pour l'emploi et la formation, instance paritaire rassemblant les représentants des employeurs et des salariés) a désigné un groupe de travail qui a rendu ses conclusions dans un  rapport d’avril 2015. Bonne nouvelle pour le bilan de compétences :  son rôle singulier y est conforté, celui-ci étant considéré comme « une démarche irremplaçable [...] à laquelle le CEP ne peut pas se substituer ».

Pour le Copanef, le bilan se distingue d’abord par une durée bien plus longue (jusqu’à 24 heures, contre 5-6 heures au maximum pour le CEP), mais aussi par ses capacités à favoriser la reprise d’estime et de confiance en soi, l’élaboration d’une stratégie professionnelle et l’introspection, en permettant à la personne de mettre en évidence « ce qu’elle ne sait pas qu’elle sait ». Autant de particularités qui légitiment le recours au bilan en cas de demandes complexes (manque d’autonomie, projet encore peu élaboré, etc.) ou pour répondre à des situations de perte de sens ou de mal être au travail.

Complémentaire et non concurrent du CEP, le bilan de compétences doit néanmoins selon les auteurs du rapport évoluer vers plus de personnalisation et de souplesse.  Aussi, ceux-ci proposent-ils la mise en place d’un bilan rénové, qui serait orienté selon les besoins (reconversion professionnelle, création d’entreprise, situation de handicap...)  et modularisé, c’est à dire découpé en séquences indépendantes pouvant être assemblées en fonction des particularités de chaque projet. Ce bilan « à la carte », pourrait avoir une durée plus courte que celle pratiquée actuellement, en s’étendant sur une amplitude de 10 à 24 heures.

Ce bilan de compétences modulaire est actuellement testé par les Opacif (organismes en charge notamment de financer la formation des salariés), en articulation avec un accompagnement dans le cadre du CEP. Cette expérimentation s’achèvera fin 2017. L’objectif, après évaluation, sera ensuite de normaliser ce bilan d’un nouveau genre.

Le bilan de compétences devrait bientôt être finançable par le CPF

La question de l’avenir économique des prestataires de bilan de compétences reste néanmoins en suspend. Pour les centres de bilan fragilisés, le salut pourrait venir de la future loi travail.

Celle-ci prévoit en effet de rendre le bilan de compétences éligible au CPF. De plus, si dans sa première version le projet de loi El Khomri  en proposait un accès restreint (pour les seuls salariés qui, en raison de conditions d’ancienneté insuffisantes, n’avaient pas accès au congé bilan de compétences) cette limite n’apparait plus dans le nouveau projet de loi présenté par le Gouvernement le 10 mai dernier.

Si cette disposition est adoptée le bilan de compétences pourra donc être financé, comme autrefois avec le DIF, par toute personne indépendamment de son statut (salariée ou en recherche d’emploi)  qui mobilisera les droits inscrits sur son compte personnel. De quoi assurer encore de beaux jours au bilan de compétences.

Le conseil Cursus Pro

Si le bilan de compétences n’est pas encore éligible au compte personnel de formation (CPF), d’autres possibilités pour le financer existent.

Si votre projet le nécessite, vous avez la possibilité de demander à effectuer un bilan de compétences en tant que prestation associée au conseil en évolution professionnelle (CEP). Gratuit et ouvert à tous les actifs, le CEP est délivré par Pôle emploi, les Cap emploi, l’Apec, les Opacif et les missions locales.

Si vous êtes salarié avec au moins 5 ans d’ancienneté, dont 1 an dans votre entreprise actuelle, vous pouvez demander un congé bilan de compétences (CBC). Vous pouvez également demander à votre employeur, à l’occasion notamment de votre entretien professionnel, de financer votre bilan dans le cadre du plan de formation de l’entreprise.

Réagir à l'articleRéagir à l'article

Seul votre prénom et la première lettre de votre nom apparaîtront sur le commentaire